trop cucul...
par isabelle alonso - 30 juin 2009


En rentrant du salon "Lire au soleil" à Porto-Vecchio, j’apprends que mon papier pour Siné-hebdo ne sera pas publié, il est trop décalé vis-à-vis de l’esprit du journal. Trop gnan-gnan, midinette et compagnie. Ce n’est pas faux, mais je ne sais pas jouer les gros bras quand je suis sincèrement émue...

Vu qu’ici, sur mon site, c’est moi qui décide, je vous le livre tel quel...

« HASTA SIEMPRE, BAMBI…

Il ne pouvait pas vieillir, c’est clair. Il avait bien des talents, mais pas celui de surfer sur le temps qui passe. Sur quoi pleure-t-on quand on fond en larmes à la nouvelle de la mort d’une superstar ? Je ne sais pas, mais c’est comme ça que j’ai réagi, tout à l’heure, alors que je pianotais sur mon clavier et que j’ai appris que Michael Jackson est parti rejoindre Peter Pan. Peut être ne pleure-t-on que sur soi même, sur les jours déjà lointains des années 80, où il apparut dans le paysage comme un farfadet irréel et fascinant. Je me souviens de l’euphorie immédiate suscitée par ses premiers titres. Des enregistrements sur cassettes qu’on se passait au ralenti pour percer les secrets du moon walk. Des après-midi entières à tenter de reproduire la choré de Thriller. Des clips fabuleux qu’on passait et repassait sans jamais arriver à plus soif. Il était un excellent musicien, un merveilleux chanteur et par dessus tout, excusez du peu, un danseur mythique.

Plus tard, il fut en but à des persécutions judiciaires. Pédophile, lui ? On avait plutôt le sentiment qu’il n’avait pas de sexualité mature, qu’il aimait la compagnie des petits parce qu’il en était un, qu’il tentait d’effacer son enfance dévastée, de recréer à l’âge adulte celle qu’il n’avait pas pu avoir quand il était le petit dernier des Jackson Five et que son talent écrasait déjà celui, non négligeable, du reste de la fratrie. Il y a très longtemps, comme beaucoup, j’ai sangloté à la mort de la maman de Bambi. Alors la mort de Bambi lui-même, c’est une autre paire de manches... Une pluie furieuse tape sur mes carreaux. Paris est triste, mais le ciel fait la fête ».

Je sais, un brin sentimental, mais j’assume ! Comme me l’a fait remarquer mon frère : "...pourtant on peut dire que t’étais furieusement dans l’actu...Ce garçon, MJ, était avant tout un danseur exceptionnel, sinon ses chansons c’est essentiellement de la bluette tiède et sans saveur...tu as fondu en larmes ? ts ts, aaahh, bon c’est le destin qui choisit, tout ça... comme tu le dis toi-même, il ne pouvait pas vieillir, et puis artistiquement il était mort depuis belle lurette, le pauvre... mais je devine que tu as écrit ça fort tard, avant un départ ? parce que la nouvelle est fort fraiche, elle date de la notte... enfin tu as raison, on pleure sur soi-même et, as usual, illusion rétrospective, on se dit qu’elles étaient bien bonnes, les années 80, avec une Maggie Thatcher toute neuve... "

Ça, c’était après. Avant, mon autre frère me mailait : "Pourquoi pas, c’est spontané, sincère, c’est une de tes dimensions, et par ailleurs il faut développer cette capacité à faire de l’universel avec du particulier, qui est la marque des grands. Admettre donc, quoi qu’il m’en coûte, que le sentiment des millions de fans est respectable en ce qu’il est un sentiment humain de transcendance avec les moyens du bord, ne serait-ce que par procuration. Noyée dans le tsunami des réactions, tu es la caution que confère la richesse de ta sensibilité particulière et de ta conception de vie. Par ailleurs, voilà un des rares cas où nous sommes, toi et moi, très différents.... Ça ne m’a fait ni chaud ni froid, en dehors du fait habituel de l’impact de la cessation d’une vie, et donc, de la fragilité de l’être. Bon séjour corse"

Allez, puisque j’en suis à la chronique familiale de mes lecteurs premiers (y a les Jackson-Five, mais y a aussi les Alonso-cuatro, :-), chacun son étagère), voici la sobre réaction de ma méga-fan de soeur : "Super chronique comme d’hab...Tu serais pas un peu écrivaine comme d’aucun était danseur !!!??..".

Cucul peut-être, mais pas solitaire...

iA.